Bon, aujourd'hui, j'ai décidé de vous culturer. Histoire que vous ayez du cultivement, quoi. Ou de la cultivation, comme vous voulez. Donc je disais, on apprend des trucs tous les jours. Pourquoi pas ici? Je vous avoue, ça vous servira rarement dans la vie courante, ce que je vais vous dire, mais bon, on sait jamais. Donc, aujourd'hui, culturons nous en apprenant un mot :
DROSSER : Oui, moi aussi, quand je l'ai vu, j'ai cru que c'était une erreur d'impression. Mais, après consultation du dictionnaire, il s'avère que ce verbe existe pour de vrai. Il veut dire "ramener vers la côte", c'est un terme maritime.
Comme ça, maintenant, vous pourrez dire que "les vagues ont drossé le ballon envoyé trop loin." Par exemple.
Et puis, cet instant de culture intensive mise à part, j'aime beaucoup ce chapitre. J'ai aimé l'écrire, j'aime le lire. J'aime son côté un peu cinématographique. J'aime sa tension. Et j'espère que vous aimerez aussi...
Je sors de la ruelle, le corps et l'esprit plus légers. Il n'y a pas à dire, ça enlève un poids. J'ai essayé d'être rapide, mais il faut croire que pas assez. Ils m'ont distancé, tellement que je ne les vois plus. Je continue quand même d'avancer, je vais bien finir par les retrouver, en marchant vite.
Soudain, dans une rue perpendiculaire, sur ma droite, je les aperçois. Ils sont immobiles, à l'affût, comme s'ils attendaient un signal. Je m'apprête à les rejoindre, mais quelque chose, une sensation, me retient. Serait-ce ce sixième sens, cette fameuse intuition féminine ? Je décide de faire confiance à cette pensée semi inconsciente. Alors, trente mètres derrière eux, moi aussi je m'arrête, et j'attends.
Je les vois se raidir et jeter des regards entendus. Puis, un à un, ils disparaissent derrière le coin du mur. J'entends des cris, des bruits de coups. Ils doivent affronter ces fameux Sombreros. Le combat semble acharné, mais aussi inégal. Peu à peu, les voix de mes camarades s'éteignent, et je comprends qu'il n'y a désormais plus qu'un seul d'entre eux encore debout. Sans savoir pourquoi, je m'élance, poussé par cette même force qui me retenait quelques secondes plus tôt, et commence à faire tourner mon lasso au-dessus de ma tête, tout en lâchant un cri d'attaque à faire pâlir d'envie tous les grands chefs guerriers.
Je suis bientôt sur le champ de bataille, et, alors que tombe sous mes yeux mon dernier compagnon, je lance ma corde dans ce même geste que je faisais enfant pour rattraper mon chien qui tentait de s'enfuir. Dans ma fratrie, nous étions très doués pour ça, surtout ma s½ur. Les membres de la DN, surpris de mon arrivée, lèvent vers moi ce que je pense être leurs visages, mais se détournent rapidement pour observer le cercle presque parfait formé par le lasso qui tournoie élégamment vers eux. Alors qu'ils le voient se rapprocher, et, avec lui, leur fin, je crois distinguer dans leur attitude plus que de l'étonnement, presque de l'effroi. Calmement, la corde vient les encercler, et, encore dans les airs, se resserre perceptiblement autour de leurs cous alors que je tire dessus à l'autre bout. Déséquilibrés par sa pression sur leur nuque, ils basculent l'un vers l'autre. Lors d'une ultime traction de ma part, leurs crânes s'entrechoquent et leurs cervicales craquent. Je lâche la corde. Ils s'effondrent.
Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Je vois les corps devant moi, et j'aurais vomi mon sandwich s'il n'était pas déjà sorti tout à l'heure. Je fais demi-tour, et, mû par un élan inconnu, je cours, cours, cours. Sans savoir comment, je retrouve devant la porte de l'endroit où j'ai passé la nuit. Essoufflé, épuisé, désorienté, je m'arrête un instant. Je suis toujours vivant.