N'empêche, des fois je me dis que vous avez de la chance de m'avoir, quand même, hein, non? Si, c'est vrai, je suis vachement sympa quand on y réfléchi, je vous offre quatre histoires par article pour le prix d'une! Trouvez-en, des gens qui font mieux! Je m'explique, pour ceux qui n'auraient pas compris. D'abord, il y a l'histoire, celle qui se suit tout au long de ce blog. Ensuite, il y a le titre. Et puis la photo. Et enfin, mon petit blablatage inutile, ouais, ce truc que vous êtes en train de lire là maintenant tout de suite précisément. Alors, franchement, ça mérite pas que vous me fassiez une standing ovation tout seul devant votre ordinateur qui marche surement mieux que le mien? Si, je trouve. =D
À part ça, je ne sais décidément pas peindre correctement, j'ai encore du blanc, du rouge et du orange sur les jambes, même si ça fait déjà deux trois jours que j'ai fini et que je me lave, quand même. Mais bon grâce à mon non-talent de peintre-décoratrice qui déborde et en fous partout jusque sous son menton (mais comment j'ai bien pu faire ça?), et ben mon studio à Bordeaux l'est trop bio. =D Et je suis fière de moi.
« On a un pacte à te proposer. Une sorte d'échange. Si tu acceptes, je t'explique les détails. Si tu refuses, je te ramène où je t'ai trouvé et tu te convaincs que nous n'étions qu'un rêve. » Il marque un temps. « Tu nous rends un service, et en échange, tu as le gîte et le couvert, pour ce soir, voire plus si tu te révèles efficace. D'accord ? »
Je n'ai pas le temps de demander « Quel service ? » que mon ventre, d'un gargouillement sonore, répond pour moi. L'homme sourit.
« Il est d'accord, je crois. », Dit-il à la personne restée à s'affairer près du poêle. Elle se retourne, un plateau dans les mains, et je vois que c'est une femme. Elle dépose devant moi une assiette remplie d'une sorte de ratatouille, et devant elle et mon guide une tasse de café. Elle ramène le plateau près des fourneaux, puis revient s'asseoir sur la chaise restante, en me tendant une cuillère. Alors que je la plonge dans les légumes, l'homme en face de moi me dit :
« Tu es conscient que si tu portes cette cuillère à tes lèvres, tu ne pourras plus faire marche arrière ? Tu peux encore te rétracter. »
Je me tais, mais enfourne une bouchée, sans le quitter des yeux. Il allume la cigarette qu'il venait de sortir de sa poche à la bougie, puis, en exhalant la fumée, laisse un sourire s'étaler sur ses lèvres.
« Bien. Je vais maintenant t'expliquer ce qu'on attend de toi. »
L'autre homme, adossé à sa chaise, a fermé son journal et boit son café, tout en ayant l'air attentif. La femme, qui n'a toujours pas parlé, se tient droite, les bras écartés, les mains autour de sa tasse qui semble trop chaude pour qu'elle y touche encore. Elle et celui qui lui fait face sont des gens dont le physique passe inaperçu au milieu d'une foule, tant il est normal. L'autre a des yeux beaucoup plus agressifs. La tête renversée en arrière, sans cesser néanmoins de me regarder du coin de l'½il, il termine sa cigarette dans un silence que seul rompt le craquement des bûches dans le poêle. Tous, nous attendons qu'il continue. Le calme qui dure commence à se faire pesant, et j'essaye de déglutir en silence, mon couvert raclant le moins possible le fond du plat.
Il écrase enfin son mégot dans la cire et se penche en avant, les avant-bras sur la table, mains jointes devant sa tasse :
« J'espère que t'es pas un trouillard, parce que ce qu'on a à te proposer n'est pas de tout repos, autant sur le plan physique que moral. Mais on s'habitue, tu verras. »
Je hoche la tête, tout en continuant consciencieusement de vider mon assiette.
« Bien. La tâche n'est pas forcément aisée, mais le but est simple. » Il marque un temps, accentué par son regard. « Il s'agit de tuer des sombreros. »
Entre deux cuillérées, je demande :
« Qu'est-ce que c'est ? »
Il s'ensuit un silence de quelques secondes durant lequel je suis le centre de l'attention puis il éclate d'un rire tonitruant, alors que les deux autres se regardent, les yeux étonnés et l'ombre d'un sourire aux lèvres. En face de moi, une fois sa démonstration de joie terminée, il avale son café d'une seule gorgée et, le rire au regard, répond :
« Mais d'où tu débarques ? J'avais cru remarquer que t'étais pas d'ici, mais je te pensais quand même plus renseigné que ça ! Heureusement que je t'ai récupéré, parce qu'à Limoges, celui qui ne connaît pas, qui ne craint pas les sombreros est un homme mort. Alors je vais t'expliquer. Mais avant, dis-nous d'où tu viens.
- Oh, un petit village, vous pouvez pas connaître. Et puis c'est pas la porte à côté.
- Dis toujours, on sait jamais. »
Tentant le tout pour le tout, je lâche finalement, après quelques secondes :
« Paris.
- En effet, ça me dit rien. Et vous ?
- Non plus, » répond l'autre homme.
La femme secoue la tête. Ils ont l'air de réfléchir encore un peu, de fouiller leur mémoire pour, peut-être, l'y trouver. Je redeviens plus serein, alors que la discussion se poursuit.
« Et qu'est ce que tu viens faire ici ?
- Mes parents veulent que je voie du pays. Et que je trouve du travail. Je suis arrivé ce soir.
- T'es un peu trop utopique, mon gars. Du travail, y en a déjà pas beaucoup pour ceux de la Ville, alors pour les débarqués comme toi... Surtout comme toi ! T'aurais pas survécu bien longtemps. T'as eu de la chance que je tombe sur toi. Qui sait dans quel merdier t'aurais été capable de te fourrer ! Désolé de te dire ça, mais tel que t'es, t'es un vrai danger pour ta propre personne ! »
Il a comme un sursaut nerveux de rire. J'ai l'impression que c'est lui le chef. La flamme de la bougie vacille, elle a presque fondu jusqu'au tas de cire. L'autre homme se lève, ramasse les tasses vides et mon assiette que j'ai terminée, et les dépose sur la plus basse des étagères, près du poêle. Il revient avec une chandelle qu'il allume à la flamme de l'autre, puis qu'il plante dans la cire encore molle, éteignant définitivement la précédente. Il a également une tasse de café qu'il me tend.
« Merci. »
Il hoche la tête, puis se rassoit. Le chef prend à nouveau la parole :