Bon, d'accord, c'était hier mon anniversaire. Mais comme j'ai pas eu beaucoup de temps, et ben je vous fais le cadeau aujourd'hui. Le monde à l'envers, me direz-vous, normalement c'est moi qui devrait recevoir un cadeau. mais bon, je suis généreuse (sic), alors...
Avouez, vous y avez cru que c'était la suite. Eh ben naaan! Finalement je ne suis peut-être pas si généreuse...^^
Mais dites-moi ce que vous en pensez quand même.
À lire avec cette chanson dans les oreilles.
Parce que parfois, la musque vous inspire des images, que vous essayez de retranscrire en mots.
Parce que cette chanson est probablement l'une des plus belles chansons d'amour au monde.
/!\ CECI N'EST PAS LA SUITE ! /!\
Soudain, l'une d'elles, celle du milieu, par un faux pas probablement, s'effondre. Dans mes bras, que j'avais, par pur réflexe, tendus en avant. Pourquoi ai-je donc fait ça ? Alors qu'elle se relève, me prenant pour appui, nos yeux se rencontrent, et je tombe à mon tour.
''-Merci.'', dit-elle en souriant, vérifiant ses chaussures.
''-Peut-être ces talons sont-ils un peu trop hauts pour vous...
-Peut-être. Mais grâce à vous, la chute ne fut pas si terrible.''
Le sourire est-il une expression figée sur son visage ?
''-Puis-je vous offrir un café ?
-Oh. Je suis navrée, mais on nous attend.''
C'est vrai. J'avais oublié que ce trio comprenait trois membres.
''-Mais un autre jour peut-être. Tenez.
-Merci.
-Merci à vous.''
J'attrape le papier qu'elle me tend, alors qu'elle s'éloigne, sur les dix centimètres qui l'ont fait tomber, laissant derrière elle le mètre quatre-vingt qui l'a rattrapé. Je baisse les yeux et lis ''Meg. 06 37 53 90 13''. Je relève les yeux et elle est devant moi.
''-Au fait, c'est quoi votre nom ?
-Jack.
-Merci, Jack.''
Elle fait demi-tour pour rejoindre ses deux acolytes, qui, elles, n'étaient pas revenues.
Je vérifie pour la huitième fois que j'ai bien écrit le bon numéro. Mon pouce reste en suspension quelques secondes au-dessus de la touche verte, et s'y pose finalement. Puis, avant même que la première sonnerie se fasse entendre, je referme le téléphone d'un geste brusque. La tête dans les mains, le portable entre les doigts, les coudes sur les genoux. Mais qu'est ce qui me prend ? Qu'est ce qui m'a pris de la rattraper, d'accepter ce papier ? De toute façon ça ne sert à rien d'appeler, elle a probablement déjà oublié. Et puis, qu'est ce que je vais bien pouvoir lui dire ? ''Salut, je suis sorti de prison il y a trois mois pour homicide involontaire, parce que quand j'étais jeune j'ai voulu braquer un magasin et qu'un type qui se trouvait sur mon chemin s'est fracturé la nuque en tombant.'' Ou alors, ''Salut, tu sais je suis quelqu'un d'assez sympa, mais je m'énerve facilement et peux vite devenir violent.'' Non, il ne faut vraiment pas que je l'appelle. Ce serait une grave erreur. Autant qu'elle garde de moi le souvenir de ce type, plutôt serviable, qui lui a évité une chute malencontreuse. Si elle s'en souvient.
Sans que je sache comment, j'entends le ''tuuut'' du téléphone contre mon oreille. Peut-être n'est-il pas trop tard pour raccrocher.
''-Allo ?''
Si. Je reprends mon souffle, hésite à tout lâcher, et finalement répond :
''-Meg ? C'est Jack. Je ne sais pas si...
-Jack ! Mon sauveur de l'autre jour ! Comment pourrais-je oublier !''
Au moins, elle se souvient. Elle est enjouée. J'essaye d'adopter le même ton.
''- Ca va ? Vous vous êtes remise ?
- On peut se tutoyer, je crois, non ?
- Si.
-Génial ! Sinon ça va, je n'ai pas eu grand mal, grâce à toi. Je suis contente que tu aies appelé.''
Derrière elle, j'entends parler.
''- Je te dérange ?
-Non, ça va. J'étais juste en train de terminer un devoir de philo avec Morgane et Maya. Tu sais, j'étais avec elle l'autre jour.
- Je me souviens, oui.
- J'allais justement rentrer chez moi, là.''
Elle me parle. D'elle, de ses amies, de ses cours, de sa vie. De ses parents qui la prennent pour une gamine. De son petit frère qui fouille sa chambre. Je me contente d'acquiescer, de glisser parfois des remarques sans importance. Puis elle demande :
''- Et toi ? Tu fais quoi dans la vie ?''
Tout s'effondre en moi. La confiance que j'avais réussi à acquérir avec le son de sa voix se fissure. Quelques secondes de silence dans la conversation.
''- Euh, écoute, j'ai pas vu le temps passer, j'ai un truc à faire là, mais ça te dirait qu'on se voit dans un café, demain ou...plus tard ?''
Qu'est ce qui m'a pris de proposer ça ? Je ne devais pas la revoir.
Elle accepte. D'accord pour demain, quinze heures. Je raccroche et m'écroule en arrière sur mon lit.
But sooner or later I'll break your smile
And I could tell a joke,
But one of these days I'm bound to choke
And we could share a kiss,
But I feel like I can't go through with this
And I bet we could build a home,
But I know the right thing for me to do
Is to leave you alone...
Elle est assise en face de moi. Entre mes mains, mon café refroidit tandis que je l'écoute et la regarde. J'ai perdu la notion du temps. Elle parle depuis qu'elle est arrivée, portant par moments sa tasse à ses lèvres. Elle est belle. Elle rayonne, telle un soleil, et moi je fonds. Quand elle me pose des questions sur moi, je réponds évasivement, sans trop en dévoiler. Je ris quand elle rit, prends un air contrit quand ce qu'elle raconte a l'air triste. A vrai dire je suis incapable de répéter le moindre mot qu'elle a prononcé, je ne m'attache qu'aux modulations de sa voix, à son son, son ton, son odeur, son visage, ses mains, ses cheveux, son sourire. Je veux me souvenir de chacun de ces détails, chacun de ses gestes. Elle est magnifique. L'iceberg que j'étais est devenu glaçon sous ses rayons. Je pourrais rester là des heures.
''- Tu n'aimes pas ton café ?
- Si, si.
- Bois-le, il va être froid.
- Je crois que c'est déjà le cas.''
Nous sourions. Elle est sublime et je m'évapore sous la chaleur que ses fossettes font monter en moi. Je lui parle de mon enfance, de ma vie à demi mots. Je lui mens par omission, pour la protéger.
''- Tout de même, c'est marrant qu'à vingt-six ans tu n'aies encore rien construit.''
Brusque retour à la réalité. Je ne peux rien lui avouer.
''- Je n'ai pas trop eu le temps de me poser, ces dernières années.''
J'espère que ça suffira. Ça a l'air. Un silence. Jetant un ½il sur la pendule derrière son dos, elle attrape son manteau.
''- Je suis désolée, il faut que j'y aille, on se rappelle ?
- Laisse. C'est pour moi.''
Je peux bien lui payer son café, pour le bonheur qu'elle m'a donné.
''- Bon, ben...salut.
- Salut.''
Je la regarde sortir, et traverser la rue en courant pour éviter les voiture. Je paye et sors à mon tour. J'allume un cigarette. Cela ne doit pas se reproduire, même si c'est tellement bon. Je ne pourrai pas jouer plus longtemps à celui que je ne suis pas.
But sooner or later I'll break your smile
And I could tell a joke,
But one of these days I'm bound to choke
And we could share a kiss,
But I feel like I can't go through with this
And I bet we could build a home,
But I know the right thing for me to do
Is to leave you alone...
Quand elle m'a appelé, des tremblements dans la voix, et m'a proposé un autre rendez-vous, je n'ai pas eu le courage de refuser. Nous marchons donc dans un parc, côte à côte. Elle me parle de ses problèmes, peut-être dans l'attente que je la réconforte. Je garde mes mains dans mes poches, je sais que le moindre mouvement à son encontre me serait fatal.
Soudain, elle se tait et s'arrête. Elle se tourne vers moi, et, me regardant dans les yeux, commence à approcher son visage du mien. Je ferme les paupières, et inspire une grande bouffée de son odeur. Mais la raison reprends le dessus, et je tourne la tête alors que ses lèvres m'atteignent. Elle se recule.
''- Pourquoi ? Je ne te plais pas ?
- Si. Au contraire. C'est justement pour ça.
- Je croyais que tu étais différent. Pas comme tous les autres. Mais non. Dès que ça devient un peu sérieux, tu fuis, comme eux. Tu es un lâche. Tu refuses de t'engager.
- Tu mérites mieux que tout le mal que je vais te faire.
- Tu abandonnes avant même d'avoir commencé.
- Je t'assure que c'est mieux comme ça. Que ça s'arrête avant d'aller plus loin, avant de regretter. Je suis déjà allé trop loin.''
D'un geste que je ne peux retenir, ma main caresse sa joue.
''- Oublie-moi et vis ta vie. C'est préférable.''
Je pars, sans même me retourner. C'est fait. J'ai réussi à partir avec le sourire.
J'y suis parvenu. A la protéger. A ne pas la blesser. Parce que je l'aime. Je vais donner tout ce que j'ai pour elle, pour qu'elle soit heureuse. Un jour, elle comprendra. Un jour, peut être, elle me remerciera.
D'ici, je domine le quartier, la ville. Des oiseaux volent à quelques mètres de moi. Je fais un pas en avant pour les rejoindre.
A martyr for my love for you...
A martyr for my love for you.

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