Parce que j'aime beaucoup cette chanson de Cali, mais voir les yeux fermés, chez moi c'est pas trop possible. Sinon elle fleure bon mai 68, la liberté et la révolte que nous autres, jeunes, devrions entamer avant qu'il ne soit trop tard. A part ça aucun rapport avec la suite de mon texte.
Bouche enfarinée, tête trop lourde à porter. Diagnostique : gueule de bois. Qu'est-ce que j'aie bien pu boire qui m'a mis dans cet état-là ? En plus j'ai pas dû penser à fermer les rideaux, la lumière du soleil fait battre plus fort le sang sur mes tempes. À l'intérieur de mon crâne, ça résonne comme dans un amphi vide. Et j'ai même pas pris la peine de me mettre dans mon lit, je me suis affalé sur le parquet de la cuisine. Mais qu'est-ce que j'ai fait hier soir ? Pourvu que j'ai pas ramené de fille ici ! Non, sinon je ne dormirais pas dans la cuisine. Ça aurait été une erreur fatale, même si Juliette est à Edimburgh pour son stage. Quoi qu'elle en profite peut-être aussi... Je l'appellerai, ce soir, ça fait longtemps. Merde, j'ai plus de crédit. Tant pis, je ne vais pas racheter une carte exprès. Mais elle, elle l'aurait fait. Bon, je verrai ça plus tard. Pour l'instant, je vais me lever, et boire un grand verre d'eau pour faire passer tout ça.
Oh non. Pas ça. Dites-moi pas que c'est pas vrai. S'il vous plait mon Dieu faites que ce soit une hallucination, un effet secondaire de l'alcool, et je vous jure que je n'en bois plus une goutte de ma vie et que je me fais moine. Enfin non, pas moine, quand même, mais je me ferai baptiser. C'est un bon deal, non ? Un alcoolique en moins, un croyant en plus. Hein, Dieu, on fait comme ça ? Je vais fermer les yeux cinq secondes, et, quand je les ouvrirai, je verrai le bas de mon frigo. Bon, j'y vais. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Merde. Merde merde merde merde merde. Dieu n'existe pas, ou alors je ne l'intéresse pas. À moins que ce ne soit moi qui n'existe pas ? Si ça se trouve, je n'ai jamais existé, je n'ai fait que rêver jusqu'à maintenant, et la réalité, je l'ai sous les yeux, la réalité c'est Matrix. Ah non, je n'ai pas la même liberté de mouvement. Calmons-nous, et reprenons. Je suis toujours dans cette foutue réalité parallèle, Dieu n'existe toujours pas, il fait toujours une chaleur tropicale et j'ai toujours ces deux putains de bols à côté de moi, toujours remplis de la même chose. « Ça vous dirait pas de me mettre au régime steak frite ? », Je leur crie en me relevant. D'un coup, tout ça m'énerve. C'est chaque fois pareil. Dès qu'on arrive à conduire sa vie dans une bonne direction, paf ! On vous envoie des emmerdes ! Comme si c'était interdit d'être heureux. J'ai une violente envie de shooter dans quelque chose, mais, à part mon repas du jour, il n'y a rien. Et j'ai faim. Alors tant pis, je mange et je me tais.