Un match de football, c'est un match de football, et à l'arrivée, rien n'est gagné d'avance. [ Match Bordeaux-Vannes, commentaire avant le coup d'envoi ] XXXIV

Un match de football, c'est un match de football, et à l'arrivée, rien n'est gagné d'avance. [ Match Bordeaux-Vannes, commentaire avant le coup d'envoi ] XXXIV
j'ai envie de donner une grande bouffée d'espoir à tous ceux qui écrivent et envisagent de se faire publier. Après mon stage en édition et la lecture de certains manuscrits à l'orthographe déplorable et au style tout autant satisfaisant (sans parler de l'histoire en elle-même), je vous le dis, VOUS AVEZ VOTRE CHANCE! Cessons de se mentir, les auteurs ne savent pas écrire. Désolée de casser votre mythe de l'écrivain à la plume parfaite, mais tous les manuscrits sont retravaillés. TOUS. Bref, tout ça pour dire que, en fait, on a tous notre chance, quoi. Quand on voit la concurrence qu'il y a...

Une fois de plus, je me trouve dans une de ces rues dont je sais dorénavant qu'elles sont clandestines, suivant un homme dont j'ignore tout. Nous sommes peut-être une quinzaine ce matin, d'autres sont arrivés pendant la nuit. Je ne les ai pas entendus, mon sommeil a pesé aussi lourd qu'un stère de bois. Il doit y avoir dans le café de Marlène des vertus apaisantes, valant mille fois ces tisanes soi-disant relaxantes vendues chez moi. Mais ce matin, le réveil a été plus dur. J'ai profité de son discours pour dormir debout les yeux ouverts. Après tout, il ne devait pas beaucoup différer de celui d'hier. Là, je viens de recevoir mon sandwich – ah, c'est poulet aujourd'hui – et ma corde. J'attends patiemment que l'on s'arrête, pas tant pressé que ça d'arriver à ce moment où tout devra recommencer. Après tout, je ne suis pas, comme ceux qui m'entourent, face à cet inconnu vers lequel ils foncent. Moi, j'ai peur car je connais déjà le reste du chemin, et je crains que c'en soit aussi le bout. Je dois faire figure de vétéran au milieu de tous ces types dont c'est le baptême du feu – et l'extrême-onction.
Au fond, si je mourais aujourd'hui, qu'est-ce que ça ferait ? Serait-ce la fin de tout, ou bien seulement celle de ce rêve éveillé ? Ça ne serait peut-être pas plus mal, après tout. Je rentrerais chez moi, et reprendrais ma vie normalement. « Salut Juliette, je t'ai pas quittée, j'étais juste à Limoges dans un monde parallèle où des gens qui se cachent voulaient que je tue des méchants en costume de Dark Vador avec un lasso alors qu'ils savaient même pas ce qu'étaient les cow-boys, mais je suis mort alors je suis revenu. » Là, c'est sûr, je serais célibataire avant la fin de la journée. Elle me dirait « Mon pauvre, t'es complètement malade, t'as dû partir avec une fille qui t'as plaqué, alors tu reviens la bouche en c½ur avec une explication qui tient pas debout, et tu penses que je vais te croire ? C'était la fois de trop, maintenant, c'est fini. » Et le pire, c'est qu'elle me quitterait alors que, pour une fois, j'aurais dit la vérité. Faudra vraiment que je me trouve une meilleure excuse. Parce que, merde, je l'aime ma Juliette. Même si j'ai pas toujours été réglo, maintenant ça va changer. Fini les conneries, je deviens le petit ami idéal.
Et voilà, je m'emballe alors que ce soir, je serais peut-être encore face à George et son ego, ou tout simplement mort, disparu à jamais de la surface de toutes les terres. Et si on en reparlait après, hein ? Une fois qu'il sera advenu ce qu'il adviendra ?
Au moment où je prends cette décision de ne plus penser au futur, il se présente à moi. Le cortège s'arrête. Je mords dans mon sandwich en attendant mon tour de recevoir les instructions. J'avale sans mâcher ma dernière bouchée quand j'arrive devant notre chef de file. J'espère que je n'ai pas de miettes collées autour de la bouche. Du menton, elle me désigne un groupe de deux hommes. Je hoche la tête et vais pour les rejoindre, mais elle m'attrape, cette fois-ci, le poignet.

« Peu importe ce que vous faites, mais revenez... » Murmure-t-elle avant de me lâcher. Ses yeux, implorants comme l'était cette phrase, me suivent encore quelques instants.

Je les salue de la tête les deux hommes alors que j'arrive à leur hauteur. Ils font de même. Un quatrième individu nous rejoint quelques secondes après.

« Allons-y », Dit l'un de ceux qui étaient là avant moi. Nous acquiesçons, et le suivons.

Quelques minutes plus tard, quand nous sommes hors de vue des autres, je les tire précipitamment dans une ruelle.

« Qu'est-ce qui se passe ? C'est pas par là.
- Vous devez partir. Maintenant. Tant qu'il est encore temps.
- Et les sombreros ? On doit les tuer.
- Si on les croise, ce sera plutôt l'inverse. Partez, si vous tenez à la vie.
- Mais il faut le faire. Ces êtres sont une plaie, il faut les supprimer, les vaincre à jamais ! Pour ne plus avoir à s'en soucier.
- C'est sûr que si vous êtes morts, vous ne vous en soucierez plus.
- Qu'est-ce que t'en sais, toi d'abord, de ce qui va se passer ? T'as même pas l'air d'être d'ici.
- Vous connaissez probablement ces créatures mieux que moi, je vous l'accorde. Mais j'étais là hier. J'ai vu ce qu'ils ont fait aux autres... Je ne le souhaite à personne.
- Et vous êtes encore là pour prouver qu'on peut très bien s'en sortir vivant et en pleine forme.
- Pur coup de chance. Croyez-moi et fuyez. Personne ne saura. Partez, loin, le plus loin possible. Et vite, le plus vite possible.
- Moi, je reste. On m'a confié cette mission, je l'accomplirai.
- Moi aussi. »

Il ne reste plus qu'un homme, un des ceux qui faisaient partie de la première tournée, hier soir. Nous le fixons tous les trois, attendant sa réponse. Il secoue la tête et commence à reculer, son regard se posant sur celui qui avait été le plus prompt à clamer qu'il continuerait.

« Je suis désolé... »

Il fait encore quelques pas en marche arrière, puis se détourne et sort en courant de notre champ de vision. Les deux autres se tournent alors vers moi.

« Et toi ? Tu t'en vas pas, puisque tu as si peur ? »
Je réfute d'un signe de tête, et réponds :
« J'ai une promesse à tenir. »

Une promesse qui n'a pas eu besoin d'être formulée oralement pour que je me sente tenu de l'honorer.

# Posté le vendredi 24 avril 2009 08:44

Modifié le samedi 10 octobre 2009 11:00

Oh ouais, c'est super, je collectionne les pierres, oh ouais, c'est super, il m'en manque que une, oh ouais, c'est super, c'est la grise [ Schizophrène (tu fonces dans le mur), Les Fatals Picards ] XXXV

Oh ouais, c'est super, je collectionne les pierres, oh ouais, c'est super, il m'en manque que une, oh ouais, c'est super, c'est la grise [ Schizophrène (tu fonces dans le mur), Les Fatals Picards ] XXXV
En ce moment, je sais pas pourquoi - peut-être l'effet "vacances" -, j'ai des lectrices qui débarquent de je sais pas où. Ça me fait plaisir, en tous cas. Et puis je vous annonce aussi solennellement que *tatata* mon histoire est bientôt terminée. Oui je sais ça fait un moment que je le dis. Mais là c'est solennel. Et officiel. Selon mes pronostiques, il me reste genre deux ou trois chapitres à écrire. Ou peut-être quatre. Enfin pas beaucoup, quoi. Ça fait bizarre de penser ça. C'est déjà presque la fin. Enfin, déjà... ça fait quand même près d'un an et demi que j'ai commencé à l'écrire. Mais le temps passe vite, voyez vous. Enfin bon, fini la nostalgie, j'ai des livres à aller gommer, moi.

En silence, nous sortons de la ruelle pour reprendre notre route vers un but que nous connaissons et une fin que nous ignorons. L'un des hommes me passe devant. Il semble connaître l'itinéraire. Pas moi. Le trajet me semble à la fois trop long et trop court. Lorsque, enfin – déjà ? – nous arrivons à l'endroit indiqué, nous nous arrêtons comme un seul homme. L'un de mes compagnons risque un coup d'½il au coin de la rue, puis hoche la tête, tout en levant vers nous son index et son majeur. Ils sont donc deux – ou bien était-ce le V de Victoire ? Je déglutis et ferme les yeux quelques secondes. À mon tour, je hoche la tête. Il est temps d'y aller. Nous dégainons nos cordes.
L'un de mes compagnons sort en courant de notre cachette, mais, quelques secondes plus tard, seule sa tête nous revient. Avec mon unique camarade encore en vie, nous échangeons un regard qui peut être de peur comme d'encouragement. Puis nous sortons nous aussi, et, dans un même geste, lançons notre filin. Il faut croire que la chance est avec nous, car nous réussissons à en avoir un chacun. Nous sommes parvenus à vaincre du premier coup, et j'ai du mal à y croire. Nous resserrons le n½ud coulant. On l'a fait, on est toujours vivants. Mais, dans un sursaut, juste avant la fin, l'un des sombreros pousse un cri désarticulé, et mon compagnon s'effondre. Une seconde plus tard, les créatures maléfiques sont elles aussi au sol, mortes et... mortes. Il s'en est fallu d'une seconde. Une seconde et nous aurions été deux encore debout. Je m'agenouille à côté de celui à qui un ultime cri a ôté la vie. Il n'a plus de souffle, plus de pouls. Pourquoi ? Pourquoi lui et pas moi ? Et surtout, comment ? Comment peut-on tuer sans autre arme que sa voix ?
Mais je ne peux pas rester ici à m'interroger, si jamais quelqu'un arrivait. À regrets, j'abandonne derrière moi ces deux hommes au courage fatal. Je suis encore seul. Où est la logique de tout ceci ? Quelle est la réalité, la vérité que nous servons ? Pourquoi tant d'hommes sont-ils morts ? Pourquoi cet homme est-il mort ? Il n'aurait pas dû tomber. Il aurait dû être vivant et marcher à mes côtés. Et pourquoi ce sombrero-ci a-t-il réagi ainsi ? Pourquoi pas l'autre, ni ceux d'hier ? Tant d'interrogations. Si peu de solutions. Si au moins j'avais pu faire quelque chose pour lui, ne serait-ce que l'enterrer, le recouvrir. Mais je devais avant tout me sauver. Je commence à devenir aussi égoïste que ce monde. Moi d'abord, telle est la règle ici. Le reste quand j'aurai le temps. L'entraide contre la survie, la solitude comme quotidien. Survivre séparément pour tous survivre. Si ça continue comme ça, l'humanité est condamnée. Certaines morts l'ont déjà prouvé. Je laisse mes pas et mon esprit me conduire dans le dédale de cette ville et de mes pensées au hasard des intersections. Je pense à la justesse de ces missions, leur utilité ; aux sombreros et à leur étrange pouvoir ; à George et Henri, leur ambition dominatrice ; et à Marlène, son frère, son rêve de justice. « Revenez », m'a-t-elle dit. Je reviens. Mes pieds semblent connaître le chemin de ton repère, comme si on leur avait implanté une boussole dont il serait le nord. Je reviens, après avoir déambulé en solitaire. Je reviens, suivant les traces invisibles de mes propres pas. Je reviens. Je suis là. Un, deux, trois.

# Posté le vendredi 24 avril 2009 08:53

Modifié le samedi 10 octobre 2009 11:03

C'est pas le combat du pot de fleur contre le pot de terre. [ Julie Sedel, Les Médias et la banlieue, citation d'un jeune qui, au lieu de faire des conneries, "mange des crêpes avec ses copines et fait des bisous à tout le monde". ] XXXVI

C'est pas le combat du pot de fleur contre le pot de terre. [ Julie Sedel, Les Médias et la banlieue, citation d'un jeune qui, au lieu de faire des conneries, "mange des crêpes avec ses copines et fait des bisous à tout le monde". ] XXXVI
Hum. Petite mise au point. S'il me reste trois ou quatre chapitre à écrire, il m'en reste, avec celui-ci, neuf à publier. Si l'on part sur le rythme d'un par semaine, ça fait donc neuf semaines avant la fin. Oui, je sais, c'était pas dur à calculer.>< En bref, la fin c'est dans quand même longtemps. Surtout que je n'ai pas avancé d'une ligne depuis le dernier chapitre. Phoque, faut que je m'y mette. Faut que je tape aussi, j'ai plus rien d'avance. Je dis n'importe quoi, en fait. Surtout là que je suis fatiguée.
Et félicitations à tous ceux qui ont eu leur bac!


Marlène ouvre la porte, me dévisage et sourit. Elle me laisse entrer, puis, une fois la porte refermée, me prend dans ses bras.

« Vous êtes là...
- Je suis revenu. »

À mon tour, je la serre, respire l'odeur de ses cheveux, laisse mes doigts jouer avec ses mèches... STOP. C'est Marlène, pas Juliette. Et, même si personne n'en saurait jamais rien, même si elle est ma seule amie ici, même si je ne rentrerai peut-être jamais chez moi, je ne peux pas faire ça. C'est comme si... comme si c'était ma propre s½ur. Je desserre mon étreinte ainsi que la sienne, et me dirige vers la cuisine. Elle me suit.

« Vous avez encore... ?
- Oui. Deux.
- Et les autres, ils... ?
- Oui. »

Je ne veux pas lui dire que l'un d'entre eux y a échappé. Que c'est moi qui l'y ai poussé. Je suis tranquille avec ma conscience pour celui-là, je ne veux pas qu'elle m'en veuille. C'est plutôt pour les autres que je me tracasse. Pour l'autre, surtout. Le premier était un peu trop jeune et fougueux, mais l'autre... Une seule seconde. Je n'ai pas su être assez persuasif.
Je m'assois sur la chaise que je considère désormais comme mienne.

« Marlène ?
- Oui ?
- Je voulais savoir, est-ce que tu... enfin, vous...
- Non non, tu, ça va.
- D'accord. Les sombreros, t'y connais quoi ?
- Ah, euh...
- Je sais, j'ai vraiment l'air de débarquer, à te demander ça comme ça, mais...
- Non, c'est juste que... Tu comprends, c'est... Par rapport à... C'est...
- Je comprends. T'es pas obligée, c'est juste comme ça, pour...
- Non, c'est bon. Je t'assure, je peux le faire.
- Comme tu veux. »

Elle me tend une tasse de café, et en prend une elle aussi. Puis elle s'assoit en face de moi.

« Les sombreros. D'aussi loin que je me souvienne, et même d'après ce que ma mère nous a raconté, leur présence maléfique a toujours plané sur cette ville. On ne sait jamais où ils sont, d'où ils viennent, quand ils vont intervenir. Ils apparaissent et disparaissent comme on gratte une allumette, mais en moins lumineux. La nuit est leur terrain de prédilection. Avec eux vient le mal. Les voir, c'est voir sa fin en face. Y survivre, comme tu l'as fait, par deux fois, c'est exceptionnel, miraculeux. Personne ne sait comment ils s'y prennent – il faudrait que quelqu'un en réchappe pour ça – mais leur méthode est efficace. Leur nombre ne semble jamais diminuer, même avec nos opérations. On ne sait pas quelle est leur origine, ni même s'ils sont humains, ou vivants. En fait, la seule chose certaine sur eux, c'est qu'ils mettent leur cruauté au service de la Puissance Suprême. Ils sont partout et nulle part. Omniprésents et invisibles. C'est... C'est la peur personnifiée. C'est tout ce que je peux te dire.
- Oh. Merci. Et, euh, qu'est-ce que tu sais à propos de leur voix ?
- Leur voix ?
- Oui. S'ils parlent, ce qu'ils disent, s'ils prononcent des sorts, des trucs du genre.
- Je n'avais jamais pensé qu'ils puissent s'exprimer oralement... Je crois que personne ne les a jamais entendus...
- Ou tout du moins y a survécu.
- Oui. Pourquoi tu veux savoir ça ?
- Oh, comme ça. Pour savoir. M'informer un peu sur mes adversaires.
- Ah, d'accord. Mais c'est bizarre que tu demandes ça, là... C'est vrai qu'on dit que lorsqu'un sombrero fait du bruit, le pire est à venir... Et comme ils ne bougent qu'en silence...
- Hum hum. Si je te demande ça, en fait... »

Brièvement, je lui explique ce qui s'est passé précédemment. Le cri. La chute. La seconde.

« C'est vraiment étrange... Pourquoi n'y a-t-il que lui à être tombé, et pas toi ? Et comment est-ce possible ? Qu'a-t-il dit, déjà ?
- Rien de compréhensible. C'était juste un cri, arrêté par le choc de la corde.
- On demandera à George, tout à l'heure, s'il sait quelque chose à ce sujet.
- Non, surtout pas ! Je tiens à trouver la réponse moi-même. Cet incompétent n'aidera en rien. Et s'il trouve le moindre indice, il s'appropriera toute la gloire de ma découverte. Je ne veux pas que qui que ce soit d'autre soit au courant. Et encore moins lui.
- Comme tu veux...
- Et d'ailleurs, pourquoi restes-tu ici, avec eux, sous leurs ordres ? Tu n'es pas leur bonniche, tu vaux mieux que ça.
- C'est... C'est ma seule famille, maintenant. Où veux-tu que j'aille, sinon ici ?
- Tu pourrais aller n'importe où ! Là, tu n'es personne, mais tu pourrais décider d'être qui tu veux ! Tu pourrais partir et te construire une nouvelle identité ! Tu pourrais te choisir une vie meilleure qu'enterrée ici où tu ne vois même pas la lumière du jour !
- Qui es-tu pour me parler ainsi, toi qui fuis je ne sais quoi en venant te réfugier ici ? Que cherche-tu au juste ? À prouver que tu es le meilleur, ou bien simplement un abri pour te cacher de toi-même ? Quelle vérité te fait peur ?
- Je ne fuis pas la vérité, c'est la vérité qui me fuit. »

Nous nous taisons et nous fixons, comme deux félins se tournant autour, guettant le meilleur moment pour attaquer. Lequel d'entre nous mordra le premier ?
Cette joute visuelle est interrompue par six coups frappés à la porte, sur un rythme particulier.
Je me lève le premier.

« Je vais me coucher, je ne veux pas les voir. À demain.
- Je leur dis que tu es rentré ?
- N... Comme tu veux. Je m'en fous. »

Je rentre dans l'autre pièce et ferme la porte derrière moi. Alors qu'à tâtons, je m'installe dans un coin, j'entends à travers la cloison des voix auxquelles je décide de ne pas prêter attention.

# Posté le mardi 07 juillet 2009 16:22

Modifié le samedi 10 octobre 2009 11:05

La radio, c'est un champ de patates après la récolte, mais bon, c'est nous qui avons fait ça. [ Le docteur, parlant de ma radio du poumon après mon opération ] XXXVII

La radio, c'est un champ de patates après la récolte, mais bon, c'est nous qui avons fait ça. [ Le docteur, parlant de ma radio du poumon après mon opération ] XXXVII
Je veux que vous sachiez que je suis vraiment, sincèrement, absolument désolée de n'avoir pas mis cette suite avant. Oui, elle était écrite, oui j'avais pensé la mettre vers le 14 juillet, oui, c'était dans mes plans d'être là, de lire vos suite et caetera. Malheureusement, comme dans tous les plans, il y a toujours une inconnue, un problème qui vient se greffer et qui fait que le plan, et ben il marche plus. Moi, j'ai eu droit au retour du pneumothorax (oui, bon, c'est moins classe que le retour du jedi, mais bon, là, je vous fais aussi le retour du vendredi, c'est pas mal non plus, hein?), qui m'a valu, avec toutes ses complications, de passer 17 jours à l'hôpital à Toulouse, coupée du monde extérieur et surtout ouverte un certain nombre de fois. Rassurez-vous, je vais bien, j'ai juste besoin de repos, de convalescence et d'antibiotiques.
En plus, bonne nouvelle, malgré l'environnement pourtant pas très propice à la création que représente une chambre d'hôpital, j'ai presque terminé d'écrire mon histoire! Et encore, presque seulement à cause de ma mère qui est arrivée juste alors que j'étais en plein inspiration, sinon ça serait dans la boîte. Mais bon, je fais ça dès que j'ai le temps, entre deux siestes^^ Je sais, je voulais finir pour mon anniversaire (qui était hier), mais bon. J'aurai fini pour le prochain, au moins.^^
Sinon, dites-moi si ce chapitre vous a fait rire autant que moi quand je l'ai écrit. =D

À moitié somnolent, j'entends plusieurs personnes rentrer, les une après les autres, dans la chambre. Si j'en crois mon ouïe pourtant endormie, la récolte a été bonne ce soir. Puis, le temps passe et la porte s'ouvre à des intervalles de plus en plus espacés, jusqu'au moment où elle reste définitivement fermée. À côté, il n'y a plus personne pour discuter. C'est ce silence prolongé, je crois, qui finit par me réveiller complètement. Ça et le râle de mon ventre qui n'a rien avalé depuis ce matin. Est-ce que je me lève pour tenter de trouver à côté quelque chose qui puisse me rassasier ? J'hésite, les souffles endormis autour de moi tentent de m'en dissuader, mais un nouveau cri de mon estomac fait régner la loi du plus fort. Je m'extirpe de sous mes couvertures, et, essayant de n'écraser personne, me dirige vers la porte.
Alors que je pensais être seul dans la cuisine, et aller me servir dans la marmite trônant en continu sur le poêle, je me retrouve face à Marlène en refermant la porte.

« J'avais faim », dis-je, comme une réponse coupable à l'interrogation que me lancent ses yeux.
Elle hoche la tête et va piocher au fond de la casserole une louche de la mixture qu'elle contient, portion qu'elle dépose ensuite dans une assiette. Elle me la tend. Je la remercie, m'installe à table et commence à engloutir mon dîner.

« Je n'ai rien dit. »
Entre deux bouchées, je m'interromps et la fixe, tentant de comprendre de quoi elle parle.
« Pour toi. Ils ne m'ont pas demandé et je n'ai rien dit.
- Oh. D'accord. »

Je me tais, et elle continue de me regarder finir mon assiette.

« Je voulais que tu le saches.
- D'accord. »

Un nouveau silence prend place entre nous. Je ne dis rien car mon cerveau dort encore, et elle semble gênée par ce qu'elle pourrait dire. C'est vrai que nous ne nous sommes pas quittés en très bons termes.

« Je suis désolée, finit-elle par prononcer.
- De ?
- Tout à l'heure. Je n'ai pas été... Tu as dû te sentir agressé.
- Ah. C'est rien. De toute façon, c'est moi qui avais commencé.
- Et justement, je voulais te dire...
- Oui ?
- Je me cache, tu as raison. Je suis là et je ne sors pas, parce que j'ai peur. Je reste là, à obéir à George, parce que j'ai peur. Et, jusqu'à ce que tu me le dises, je ne m'en étais pas rendue compte. Tu m'as ouvert les yeux, Arnaud. Ma peur me paralyse.
- De quoi as-tu peur ?
- Des sombreros. Des gens. De la ville. Du monde. De la mort. De la vie. Mais grâce à toi, maintenant, je le sais. Et je vais pouvoir combattre ça. »

Disant cela, elle s'est, petit à petit, rapprochée de moi. Dorénavant, seuls vingt centimètres et un angle de table nous séparent.

« Tu sais, sur le moment ça m'a blessée, mais maintenant je suis heureuse que tu l'aies dit.
- Tant mieux. Je suis content que ça ait pu t'aider.
- Sans toi, je n'y serais jamais arrivée. »

Elle pose sa main sur ma joue.

« Dès le départ, j'ai su que tu étais différent – exceptionnel. Au début, je ne savais pas ce qui faisait que tu n'étais pas comme George, ou aucun des autres hommes que j'avais jamais rencontrés. Et puis, j'ai compris que tu avais un c½ur, et que tu savais lire dans ceux des autres. C'est ton c½ur qui t'a permis de survivre aux sombreros, et c'est ton c½ur qui t'a mené jusqu'à moi. Ton c½ur te promet à une grande destinée, Arnaud. Et, si tu es venu jusqu'ici, c'est pour me faire prendre conscience que ma propre destinée est de t'accompagner. Ensemble, Arnaud, nous réaliserons de grandes choses. Partons, Arnaud, partons maintenant ! Evadons-nous et créons une armée capable d'abattre d'un seul coup tous les sombreros ! Rien ne pourra nous arrêter, nous destituerons la Puissance Suprême et rendrons à ce monde la liberté qu'il n'aurait jamais dû perdre ! Emmène-moi d'où tu viens, nous nous marierons et le monde se souviendra pour toujours du couple de héros que nous aurons été ! Partons accomplir notre destinée, Arnaud ! »

Ce sont désormais ses deux mains qui reposent sur mes joues. Elle s'est levée et son regard enflammé plonge dans le mien avec tant d'ardeur que j'ai du mal à le supporter.

« Euh, Marlène...
- Isabelle. C'est mon vrai prénom. Appelle-moi ainsi, Marlène n'est plus.
- Euh, si tu veux, Isabelle... euh, je crois que nous ne nous sommes pas bien compris. Je ne... Tu... Euh, bonne nuit. »

Je la repousse d'un coup et me précipite vers la porte de la chambre que je ferme rapidement derrière moi. Le dos contre celle-ci, je laisse mon c½ur revenir à son rythme habituel. Mais qu'est-ce qui lui a pris ? Moi qui la pensais normale. Il faut que je trouve un moyen de sortir de cet asile avant de m'en retrouver pensionnaire à mon tour.

# Posté le vendredi 31 juillet 2009 09:09

Modifié le samedi 10 octobre 2009 11:08

Time and again boys race to be men, impatient they start, fearful they end. [ The Hoosiers, A sadness runs through him ] XXXVIII

Time and again boys race to be men, impatient they start, fearful they end. [ The Hoosiers, A sadness runs through him ] XXXVIII
Excellente nouvelle numéro un, je n'ai plus mes points de suture. Excellente nouvelle numéro deux, l'autre soir plusieurs personnes m'ont dit que je chantais bien. Excellente nouvelle numéro trois (et probablement la meilleure), j'ai FINI d'écrire cette histoire. À la main, bien sûr. Parce que après, le plus dur est de trouver du temps pour taper tout ça. Je ne sais pas encore exactement combien de parties elle fera au total, il me reste à voir en tapant tout ça où je peux bien couper, ou pas. Oui, parce que un certain personnage, My Dear Little Psychopath Sweetheart (j'en ai déjà parlé à certains), est assez bavard, alors je sais pas trop si je dois lui couper la parole ou bien, vu son caractère en plus... Bref, tout ça pour dire que vous aurez la fin avant la fin de l'été (c'est à dire avant le 15 septembre, ma date de reprise des cours), et que ça sera en 42 ou 43 parties je pense. Voilà. Alors, heureux?
Et puis, une mauvaise nouvelle, quand même, pour l'équilibre : j'ai mal au bout des doigts de la main gauche totalement engourdis, vive la guitare, hier je pouvais même plus passer d'une case à l'autre avec un même doigt. Ouais, je sais, vous vous en foutez. Mais moi, ça me navre voyez-vous.

Je ne sais combien de temps je reste ainsi, debout, immobile, la surface fraîche de la porte se réchauffant contre mon dos. Mais au bout d'un certain temps, l'agitation que j'imagine être celle de Marlène – ou Isabelle, je ne sais plus – se clame, puis disparaît. Et là, je sens que c'est à mon tour de mettre les voiles. Lentement, le plus silencieusement possible, tout en croisant mentalement tous mes doigts possibles pour que la pièce soit vide, j'entrouvre la porte. Glissant un ½il, je ne vois que la lumière rougeâtre du poêle, éclairant tout juste assez la pièce pour en éclairer les contours. Marlène n'est nulle part. Je me faufile dans la cuisine. Maintenant la porte légèrement ouverte en solution de repli, je m'arrête et j'écoute. Rien. Il n'y a que ma respiration et celle du bois qui brûle pour meubler le silence de la nuit. En trois pas, j'atteins la poste du couloir. Je fais une autre pause, m'informant de l'oreille sur ce qui peut m'attendre derrière. La voie semble être sûre, je m'y engouffre. Avisant les deux sacs, je pioche dans l'un deux une corde et dans l'autre ma pitance. Ça pourra toujours servir, on ne sait jamais. Sans même prendre la peine de refermer derrière moi, je cours vers la porte d'entrée, la déverrouille et me jette presque littéralement dehors. Levant les yeux, j'entraperçois une partie de la lune. Je pousse un soupir de soulagement. Je suis libre.
Sauf que... Il me faut encore sortir de ce dédale. De cette ville. De ce monde. Sans un regard derrière moi, je m'éloigne du service psychiatrique, et me dirige, si j'en crois les rumeurs, vers celui des lobotomies.


Bon, je suis sorti de là, je suis libre, et maintenant ? Je ne vais tout de même pas errer dans cette ville le restant de ma vie – qui promet d'être courte, je n'ai qu'un sandwich pour tenir. Je m'appuie contre un mur et me laisse glisser pour me retrouver assis. Il me faut élaborer un plan d'action. Si je continue à errer au hasard, je n'arriverai à rien.
Bon. Quel est mon but ? Sortir d'ici. Rentrer chez moi. Objectif simple, mais chances de l'atteindre quasi nulles. Les obstacles ? Ignorance des moyens d'accès, présence des sombreros, et cette fameuse Organisation que je viens de quitter. Je ne sais pas ce qui m'arrivera s'ils me mettent la main dessus. Serai-je fusillé ? Envoyé en appât aux sombreros ? Réduit à une composante du prochain ragoût ? Ou pire, laissé en pâture à Marlène-Isabelle ? Au moins, si je tombe sur des sombreros, je sais ce qui m'attend : la mort. Simple, rapide et efficace. Je n'aurai pas à me poser de questions.
Bien. Et, si je fais abstraction des dangers, qu'est-ce que je peux faire pour m'en sortir, en sortir, sortir ? Autant commencer par le début. Cette histoire a démarré dans un champ, à la lisière de la ville. Je n'ai plus qu'à y retourner et à chercher la porte. Après... après, on verra. Déjà, si j'arrive jusque-là, ça sera pas mal. Par où partir ? s'éloigner de la tour, c'est ça. Une fois que je serai sorti de Limoges, je n'aurai plus qu'à en faire le tour pour trouver l'endroit adéquat.
J'entends mon ventre qui lorgne avec envie vers le sandwich. Bah, autant le manger maintenant, pour être plein de forces. Et puis il risque de m'encombrer ensuite. Par exemple, si je tombais sur George, j'aurais pour réflexe – stupide, certes, mais c'est un réflexe – de lâcher tout ce que je tiens et de partir en courant. Et pour le coup, j'aurais plus rien à manger. Et l'air d'un con, Jean-Pierre. Ah ! On ne m'a pas aussi facilement, moi, hein. Je mords dans mon sandwich.
Je me relève, et prends une direction qui me semble être la bonne. Je vois derrière moi la tour qui se détache sur le ciel de l'aurore. Je marche, croise des gens qui ne font pas plus attention à moi que moi à eux, et continue à m'éloigner lentement du centre. Le soleil commence à apparaître au-dessus des toits, mais son agréable chaleur ne fait sourire personne. Cela est-il interdit ? Ou bien la crainte est-elle telle qu'il n'y a plus personne pour profiter des petites joies ? De toute façon, le résultat est le même. Chacun porte sa tête d'enterrement quotidienne, donnant à l'ensemble une joyeuse atmosphère de morosité. Non, pire. Sinistre. Je crois que c'est le mot.
Je tourne dans une ruelle vide. Ah, ça change de l'affluence des grands axes, ça fait du bien, je commençais à me sentir oppressé. Soudain, deux silhouettes sombres me dépassent et s'arrêtent deux mètres devant moi. Je stoppe ma marche. Et merde. Heureusement que j'ai mangé mon sandwich quand même, sinon il aurait été perdu. Surtout que vu la poussière du sol, l'épousseter n'aurait pas suffit à le ravoir. Youhou ! Mais à quoi tu penses, mon coco ? T'as deux membres de la DN en face de toi, tu vas mourir et tout ce que tu trouves à te dire c'est « heureusement que j'ai mangé mon sandwich ». Fais quelque chose, je sais pas moi, pars en courant, sors ton lasso, hurle très fort, mais reste pas planté là à penser à ton sandwich ! Et pourtant c'est ce que je fais. Je suis incapable d'effectuer le moindre mouvement.
L'un d'entre eux tend vers moi une petite boîte carrée. Qu'est ce que c'est ? Un sabre laser ? Une arme de destruction massive ? Une télécommande ? Une demande en mariage ? Un pistolet ultramoderne ? Un rasoir électrique ?

Puis une voix sort de cette boîte. « Veuillez nous suivre. Si vous n'opposez pas de résistance, vous survivrez. »

Un dictaphone.

# Posté le jeudi 06 août 2009 09:04

Modifié le samedi 10 octobre 2009 11:09