Au fond, si je mourais aujourd'hui, qu'est-ce que ça ferait ? Serait-ce la fin de tout, ou bien seulement celle de ce rêve éveillé ? Ça ne serait peut-être pas plus mal, après tout. Je rentrerais chez moi, et reprendrais ma vie normalement. « Salut Juliette, je t'ai pas quittée, j'étais juste à Limoges dans un monde parallèle où des gens qui se cachent voulaient que je tue des méchants en costume de Dark Vador avec un lasso alors qu'ils savaient même pas ce qu'étaient les cow-boys, mais je suis mort alors je suis revenu. » Là, c'est sûr, je serais célibataire avant la fin de la journée. Elle me dirait « Mon pauvre, t'es complètement malade, t'as dû partir avec une fille qui t'as plaqué, alors tu reviens la bouche en c½ur avec une explication qui tient pas debout, et tu penses que je vais te croire ? C'était la fois de trop, maintenant, c'est fini. » Et le pire, c'est qu'elle me quitterait alors que, pour une fois, j'aurais dit la vérité. Faudra vraiment que je me trouve une meilleure excuse. Parce que, merde, je l'aime ma Juliette. Même si j'ai pas toujours été réglo, maintenant ça va changer. Fini les conneries, je deviens le petit ami idéal.
Et voilà, je m'emballe alors que ce soir, je serais peut-être encore face à George et son ego, ou tout simplement mort, disparu à jamais de la surface de toutes les terres. Et si on en reparlait après, hein ? Une fois qu'il sera advenu ce qu'il adviendra ?
Au moment où je prends cette décision de ne plus penser au futur, il se présente à moi. Le cortège s'arrête. Je mords dans mon sandwich en attendant mon tour de recevoir les instructions. J'avale sans mâcher ma dernière bouchée quand j'arrive devant notre chef de file. J'espère que je n'ai pas de miettes collées autour de la bouche. Du menton, elle me désigne un groupe de deux hommes. Je hoche la tête et vais pour les rejoindre, mais elle m'attrape, cette fois-ci, le poignet.
« Peu importe ce que vous faites, mais revenez... » Murmure-t-elle avant de me lâcher. Ses yeux, implorants comme l'était cette phrase, me suivent encore quelques instants.
Je les salue de la tête les deux hommes alors que j'arrive à leur hauteur. Ils font de même. Un quatrième individu nous rejoint quelques secondes après.
« Allons-y », Dit l'un de ceux qui étaient là avant moi. Nous acquiesçons, et le suivons.
Quelques minutes plus tard, quand nous sommes hors de vue des autres, je les tire précipitamment dans une ruelle.
« Qu'est-ce qui se passe ? C'est pas par là.
- Vous devez partir. Maintenant. Tant qu'il est encore temps.
- Et les sombreros ? On doit les tuer.
- Si on les croise, ce sera plutôt l'inverse. Partez, si vous tenez à la vie.
- Mais il faut le faire. Ces êtres sont une plaie, il faut les supprimer, les vaincre à jamais ! Pour ne plus avoir à s'en soucier.
- C'est sûr que si vous êtes morts, vous ne vous en soucierez plus.
- Qu'est-ce que t'en sais, toi d'abord, de ce qui va se passer ? T'as même pas l'air d'être d'ici.
- Vous connaissez probablement ces créatures mieux que moi, je vous l'accorde. Mais j'étais là hier. J'ai vu ce qu'ils ont fait aux autres... Je ne le souhaite à personne.
- Et vous êtes encore là pour prouver qu'on peut très bien s'en sortir vivant et en pleine forme.
- Pur coup de chance. Croyez-moi et fuyez. Personne ne saura. Partez, loin, le plus loin possible. Et vite, le plus vite possible.
- Moi, je reste. On m'a confié cette mission, je l'accomplirai.
- Moi aussi. »
Il ne reste plus qu'un homme, un des ceux qui faisaient partie de la première tournée, hier soir. Nous le fixons tous les trois, attendant sa réponse. Il secoue la tête et commence à reculer, son regard se posant sur celui qui avait été le plus prompt à clamer qu'il continuerait.
« Je suis désolé... »
Il fait encore quelques pas en marche arrière, puis se détourne et sort en courant de notre champ de vision. Les deux autres se tournent alors vers moi.
« Et toi ? Tu t'en vas pas, puisque tu as si peur ? »
Je réfute d'un signe de tête, et réponds :
« J'ai une promesse à tenir. »
Une promesse qui n'a pas eu besoin d'être formulée oralement pour que je me sente tenu de l'honorer.
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